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Pejmaxx


Rendez-vous est pris à Créteil, à la maison. Pejmaxx, qui vient de sortir son 2e album, nous raconte tranquillement sa vision du monde et de la musique. Interview exclusive pour Kaiserben.com, à mettre entre toutes les oreilles.

- Présentes-nous un peu ton parcours
- Pejmaxx, 28 ans, de Créteil. J’ai sorti mon 1er album solo "Porte-parole" en 2008, réalisé entièrement par les SoulChildren. Plusieurs projets ont suivi (compils, mixtapes, featurings) et en février 2012, 4 ans après jour pour jour, je sors mon 2e album "Enfant de la République" là encore avec les SoulChildren.

- Quels sont les retours depuis février ?
- Franchement, je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait tant de bons retours que ça ! Je remercie le public, tous ceux qui ont fait le travail, mon équipe les SoulChildren, mon associé Polo de Raid One Music. Ça s’est matérialisé par de très bonnes ventes à notre échelle, énormément de concerts. Étant en auto-prod, 100% indépendant, il fallait un minimum de retour financier pour espérer continuer. C’est le cas donc ça me motive pour la suite, continuer à faire de la bonne musique et pourquoi pas faire un 3e album...
- ...dans 4 ans ?
- Non, j’espère pas ! On sort désormais sous notre propre structure donc ça devrait prendre moins de temps.

- Pour en revenir à "Enfant de la République", la tonalité générale est sombre. Ça correspond à ta personnalité ou au contexte actuel ?
- C’est mon état d’esprit, le contexte dans lequel j’ai écrit l’album. Je suis quelqu’un de très pessimiste, j’ai une vision très sombre de l’avenir, je cogite beaucoup. Et quand je me retrouve seul face à ma feuille, c’est ce côté-là qui ressort, plutôt que la bonne ambiance qu’il y a avec les potes. L’écriture est vraiment un exutoire.

- La noirceur, ça donne souvent du rap de qualité
- C’est aussi le rap que j’aime écouter. Ça peut m’arriver d’aimer des morceaux plus légers mais je considère que les gros classiques du rap français sont des morceaux sombres.

- "J’peux pas faire l’tube de l’été, j’rappe pour les capuches et les gros pulls". Le fait que tes albums soient homogènes et ne contiennent pas un seul titre formaté pour les médias semble être ta marque de fabrique.
- Je ne m’impose jamais de règle avant d’écrire un texte, car c’est en écrivant naturellement et sans calcul, que tu fais la musique la plus authentique, celle qui au final te ressemble. La cohérence générale de mes albums est aussi dû au fait que je bosse toujours avec les SoulChildren pour les sons.

- Sans "tube" et avec ta "sombritude", tu ne risques pas d’atteindre le grand public ! C’est clair. En même temps mon objectif c’est simplement de faire de la bonne musique et de la partager avec les gens. Alors évidemment, j’aimerais qu’il y en ait le plus possible, que les concerts soient pleins ; mais si le prix à vendre c’est faire une musique qui ne me ressemble pas, ça m’intéresse pas du tout. Après, mes textes peuvent toucher le commun des mortels vu que je ne vais pas parler de jacuzzi, de Ferrari ou je ne sais quoi. Le plus compliqué en fait c’est que mon message soit diffusé au plus de personnes possible, sans forcément aller chercher sur des sites internet pointus ou des radios undergrounds.

- Là on n’est plus dans l’artistique
- Oui, là on est dans le marketing. Il faut que l’internaute ait envie de cliquer sur ta musique parmi la masse de ce qui est proposé, vu que maintenant tout le monde peut enregistrer des sons, faire un clip, une pochette, etc. Pas facile de sortir du lot. Et c’est pour ça que je remercie énormément mon public qui me fait un bouche-à-oreille phénoménal.

- Sur ton 1er album on retrouve le titre "Les jaloux savent qu’on avance" et sur le 2e "Les jaloux veulent qu’on recule". On t’a fait des crasses ou quoi ?
- Tout le monde connait des histoires de jalousie à son échelle. Et comme les rapports humains et l’amitié sont les choses qui comptent le plus pour moi, forcément ça me tient à cœur. Et dès que tu commences à te faire un petit nom dans la musique, tu suscites de la jalousie. D’ailleurs, tu remarqueras qu’il n’y a quasiment plus de groupe dans le rap, que des mecs en solo, ça évite les conflits internes.

- Tu as réussi à mettre Créteil sur la carte du rap en France alors qu’avant toi la ville a peu fait parler d’elle, ce qui est étonnant pour une banlieue aussi importante. Comment l’expliques-tu ?
- Justement, je pense que la jalousie y est pour beaucoup. Le talent des anciens était là mais leur entourage ne leur ont pas permis de faire carrière. C’est p’tet dû à mon pessimisme, mais j’ai vraiment l’impression qu’à Créteil plus qu’ailleurs il y une jalousie ambiante. Par exemple, je pense qu’un collectif comme la Mafia K1’Fry qui s’est fait à Orly/Choisy/Vitry n’aurait pas pu se faire ici. En ce qui me concerne, je ne sais pas trop, j’avais p’tet cette petite détermination en plus qui a fait que j’ai pu percer. En espérant que des plus jeunes suivront, même si le contexte est de plus en plus dur.

- "Les enfants de mes enfants seront issus d’l’immigration". Cette phrase que tu martèles sur le refrain d’Enfant de la République est lourde de sens...
- C’est un constat. Le morceau a été écrit il y plus de 4 ans et malheureusement il est toujours d’actualité. Quoique tu fasses on te rappellera toujours que tu viens de l’immigration, pareil pour les enfants de tes enfants de tes enfants...Ici il y a des gens qui sont issus de la 3e voir 4e génération d’immigrés, qui ne parle pas du tout la langue de leurs pays d’origine ou qui n’y ont même jamais mit les pieds et pourtant ils ne sont toujours pas considérés comme Français à part entière, juste à cause de leur gueule ou de leur nom à consonance étrangère. C’est du vécu !

- On parle de toi sur le site du Front de Gauche, tu y milites ou c’est de la "récupération" ?
- C’est juste que le responsable du site m’a contacté et m’a demandé s’il pouvait mettre mon morceau. Je lui ai dit ok, mais ce n’est pas du tout un soutien pour Mélenchon, même s’il y a très peu de choses qui me gène dans ses idées. En tout cas je ne fais pas de politique, j’ai juste accepté qu’il mette mon clip sur leur site. Après, si c’était le FN ou l’UMP, c’est sûr, j’aurais pas donné mon accord.

- En tout cas, j’imagine que tu as du t’intéresser aux dernières présidentielles. La victoire d’Hollande est-elle selon toi porteuse d’espoir ou tu es de ceux qui pensent que ça ne va rien changer ?
- Disons qu’on savait ce qu’on avait, et on avait envie de voir ce que ça donnerait avec l’autre. Maintenant est-ce que ça va être mieux ? J’en sais rien, il doit faire ses preuves !

- Tu as dit tout à l’heure que tu avais pu faire beaucoup de concerts. La scène, c’est quelque chose que tu apprécies ?
- Franchement, je suis plus un artiste de studio que de scène, c’est dû à mon caractère et mon écriture. Celui qui vient me voir en concert, il ne va pas venir pour s’éclater ou sauter dans tous les sens, il va plus venir pour m’écouter. J’adore faire "Mon Télégramme" ou "Enfant de la République", je suis avec un pied de micro au milieu de la scène, tout le monde écoute, ces les morceaux qui en général font le plus d’effet. Mais j’aime partager avec le public, les entendre reprendre mes textes, même discuter avec eux après le concert. D’ailleurs je vais encore pas mal tourner prochainement : Palaiseau (le 03/06), Bruxelles, Montpellier (08/06), Saint-Étienne (06/07), Lille (22/07).

- En rap français t’écoutes quoi ?
- Alors, en rap actuel j’aime bien Despo, Niro de Blois, Dawa o Mic, Saké, Flynt. A l’ancienne : Lunatic "Mauvais Œil", Ideal J "Le Combat Continue", IAM "L’École du Micro d’Argent", Fabe, Scred Connexion, Casey. Que des trucs qui datent de 1996 à 2002.

- Au fait, le coton-tige dans la tranche du CD, c’est quoi le délire ?
- (Rires) On l’a fait dans le 1er album, on avait distribué des pochons avec un coton-tige dedans où on avait écrit : "Préparez-vos oreilles !". Ça avait fait de l’effet, les gens s’en sont souvenus. C’est devenu note petite signature marketing à nous ! Donc on a réitéré sur le 2e album.

- Il faut aussi préciser que c’est un double CD, ce qui ne se fait plus trop. D’ailleurs tu mets souvent en avant les sons et ton partenariat avec les SoulChildren.
- Je voulais que les gens qui rappent dans leur chambre puissent avoir à disposition, sur le CD 2, de bonnes instrus. Pour moi c’est vraiment Pejmaxx featuring SoulChildren, car c’est un truc qu’on a fait ensemble et j’estime que le beatmaker à sa part du mérite sur un morceau. Après, c’est vrai qu’en France on s’en soucie pas trop, seul le MC est mis en valeur, c’est pas comme aux États-Unis ou quand un mec comme Dre fait des instrus tout le monde guette. Et même si j’accorde une grande importance à l’écriture, l’instru c’est comme un emballage qui te donne envie de voir le produit. S’il est tout pourri, même si le contenu est bon, tu vas pas chercher à écouter.

- Comment vous fonctionnez ?
- Dès fois, de mon côté j’ai eu de l’inspiration, j’ai écrit un texte et je vais les voir pour qu’il me trouve un son qui correspond. Mais la plupart du temps, ils me font écouter des instrus, j’en sélectionne 2 ou 3 pour un texte et on voit ce qui va le mieux. On peut faire plusieurs versions pour un morceau, par exemple pour "Les jaloux veulent qu’on recule" on a du faire 7 versions avant de se mettre d’accord ! (ndlr : pour un résultat qui vaut le coup voir ici). Tant qu’on a pas de consensus on recommence.

- Le mot de la fin (tribune libre, fais toi plaisir) :
- Aller acheter l’album "Enfant de la République", 12€ c’est pas cher, un double CD + un coton-tige en bonus, les textes dans le livret, ce qui est aussi de plus en plus rare. En achetant, vous soutenez le truc, et vous nous donner envie de continuer.






 

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