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Viktor Coup K


Armé de l’ouverture d’esprit qui nous caractérise, nous sommes partis à la rencontre de Viktor Coup ?K. L’ex-leader du groupe Kalash nous donne sa vision de la musique, aux frontières du rap, du rock et de l’electro et évoque sa démarche à contre-courant de l’industrie du disque. Au détour de la conversation, nous abordons également la scène, l’échange avec le public, le Djing, Kaaris, C.Sen, le PSG, Thiago Silva...Feu !


- Présente-nous un peu ton parcours
- Viktor Coup ?K, j’ai monté en 1998 le groupe Kalash. Une grande aventure de 14 ans, qui a débutée avec notre 1er Maxi "Flow d’Mots", sorti à l’époque avec l’aide d’Assassin Productions. S’en sont suivis 2 albums et leurs lots de concerts, plus une compil "À l’Aurore du Come-Back" où on a commencé à opérer le virage vers le rock, grâce à un guitariste qui nous suivait lors de la tournée. Et suite à des divergences artistiques, j’ai préféré arrêter le groupe.

- Pour tenter l’aventure en solo
- Voilà. Je m’éclate, c’est la liberté totale. Car j’ai beau être seul, je suis bien accompagné, par pleins de zicos, que j’ai pu rencontrer lors de ma résidence aux Mains d’œuvres (NDLR : espace culturel et artistique à St-Ouen) et par *H ! qui s’occupe de mon image, de tous mes visuels.

- L’actu c’est la sortie de ton EP, "Crée ou Crève !"
- C’est la conséquence de ma nouvelle identité artistique, différente de celle de Kalash. On recommence donc tout de zéro pour présenter ces morceaux qui me tiennent à cœur. Promos, tournées etc. le cursus habituel.

- Justement les concerts, c’est le moment où ta musique prend toute sa dimension. Penses-tu déjà à la scène au moment où tu écris tes morceaux ?
- Non, je dissocie pas mal ma création de studio et de scène, c’est pas le même travail. Par contre, mon énergie, mon truc, c’est jouer devant le public. Donc quand j’écris, inconsciemment je suis sur scène !

- Ton slogan c’est "Rap/Rock Équitable", tout un programme !
- C’est parti d’un délire. J’ai posté un refrain sur Facebook en disant "Si 10 personnes aiment bien le truc, j’en fais une chanson !". Dans l’instant 10 potes ont cliqués et du coup avec *H ! on s’est pris au jeu et on s’est dit qu’on devait développer le truc. Par la suite, pour l’élaboration de chaque nouvelle chanson, on refilait la démo à ceux qui avaient aimé (qu’on a rebaptisé les "clampins"). Et les échanges et retours de chacun ont permis d’enrichir la création définitive et de faire évoluer la démo vers la version définitive. Par exemple, sur "N’Être qu’une Main", le final n’a plus rien à voir avec la démo, on n’a gardé que les textes et un scratch de guitare, sinon on a tout changé, viré le refrain !

Mais à un moment, ça a pris des proportions où ça devenait difficile de gérer, vu qu’il y avait 200 clampins et des commentaires qui partaient un peu dans tous les sens. Du coup, on va essayer de professionnaliser un peu le truc, en trouvant quelqu’un qui pourrait nous créer une interface qui permettrait de récolter tout ça de façon productive. L’idée est vraiment de pérenniser la démarche et d’essayer de casser un peu la chaîne classique de l’industrie, de passer "Direct du producteur au consommateur" comme on le dit.

- Tu es un peu l’AMAP du Rap ?
- (rires). Non je suis pas trop dans ces trucs là, mais c’est un peu l’idée. C’est un besoin personnel que je ressentais. J’avais l’habitude de monter des projets en indépendant et je me suis dit que ça pouvait être un bon moyen de partager mes chansons. Donc là on l’a fait avec les 7 titres du EP. Le 8e morceau sera la première chanson du futur album et ainsi de suite. Après si on a les contours, il faut encore qu’on voit en détail comment on va procéder, si on demande aux gens de payer un petit quelque chose ou si on fonctionne avec un système de don.

- Tu as mis cette démarche en place depuis maintenant 1 an et demi, quel est le retour sur expérience ? Vouloir faire un album entier de cette façon n’est-il pas qu’une utopie ?
- En effet on est à la frontière de l’utopie, dans le sens où on ne sait pas encore si ça sera viable, notamment financièrement. Par contre, on peut dire que la mayonnaise a pris au niveau de la quantité des échanges. Même si c’est un peu retombé à partir du 5e titre, car Internet impose un rythme soutenu qui ne correspond pas à mon rythme créatif. Et je ne veux pas non plus bâcler mon travail.

- Bien que cela soit assez rare en France, d’autres ont essayé de fusionner Rap et Rock, comme Kabal, Zone Libre ou les inénarrables Svinkels. Même si ton style est très personnel, t’en es-tu inspiré ?
- Non. Si ce n’est de Serge Taissot-Gay de Zone Libre, mais plus pour ce qu’il a fait avec Noir Désir. D’ailleurs je ne me considère pas du tout comme faisant de la fusion mais plus un choc entre rap et rock, en gardant vraiment les parties intégrantes de chaque culture. Je m’entoure de personnes du monde du hip-hop, du rock et de l’electro et après de mon côté je rassemble les pièces du puzzle, les styles se percutent mais ce n’est pas du mélange. Je le vois comme ça, après on peut définir le rendu comme on veut : fusion, rock ou rap alternatif...

- Ceux qui te suivaient avec Kalash continuent de le faire ou tu as vraiment un nouveau public ?
- Déjà à l’époque de Kalash on en a dérouté plus d’un avec notre virage artistique, on avait déjà perdu notre base de fans que l’on avait réussi à conquérir avec "Malgré l’effort". Mais on a attiré un public plus alternatif, militant. Donc maintenant on est dans la continuité de ça, en espérant aussi toucher les gens du rock. Sans vouloir pour autant se couper totalement du hip-hop, je reste toujours un amateur de rythmique rap. Après, en France, c’est dur de se trouver un public et de remplir les salles lorsqu’on est alternatif et surtout quand on a pas de style marqué. Ça peut fonctionner, mais ça prend plus de temps et il faut être introduit dans les bons endroits.

- Tu es aussi DJ ?
- Là aussi c’est au départ une blague, qui commence à prendre de grosses proportions ! Comme pour la démarche pour le EP, dans la vie je crois beaucoup à l’effet boule de neige. En l’occurrence, c’est mon ami Madj (d’Assassin Productions) qui était déjà dans le truc qui un jour m’a proposé de passer les disques avec lui un soir au St-Sauveur (NDLR : bar à Ménilmontant). J’ai kiffé et on l’a refait plusieurs fois, au point qu’aujourd’hui on a développé une thématique de Dj set ensemble qu’on a appelé "Give me one" : c’est un passe-passe continu, chacun doit répondre au titre de l’autre, sur une thématique précise. Et avec notre éclectisme, on va du rockabilly des 50’s au hip-hop new school 2010. Après je suis pas du tout un DJ technicien, comme Moktar qui m’accompagne sur scène, mais plutôt un simple selecta.


- En rap français t’écoutes quoi ?
- J’en écoute plus trop. A part les jeunes que je rencontre dans mes ateliers d’écriture, les gens autour de moi ne m’en font plus écouter ; peut-être car mes potes passionnés de musique ne trouvent pas de choses qui en vaillent la peine. Il doit y avoir des trucs intéressants mais vu la surexposition médiatique de rap français inaudible et infâme, je n’ai plus la force de creuser, comme je le faisais avant.

- Tu le faisais bien à l’époque de Kalash, il y avait pourtant déjà un rap exposé et un autre plus underground non ?
- Sauf que les visibles c’était NTM, IAM, Assassin et maintenant c’est Maître Gim’s, Booba et Kaaris : c’est incomparable. Je mets au défi un DJ un tant soit peu cultivé musicalement de passer du Kaaris dans 10 ans. Mais je ne suis pas fermé à ce qui se fait actuellement non plus, j’ai par exemple apprécié le dernier album de Rocé "En apnée" et j’aime bien aussi l’évolution d’un C.Sen. Sa diversité et ses sonorités un peu électro rendent son rap étonnant et plaisant.

- Ça ne l’empêche pas de poser également sur des instrus sales ! Toi aussi tu pourrais le refaire ?
- Oui, malgré mon virage artistique, je pense qu’à un moment, j’aurai envie d’être à nouveau dans ce genre d’ambiance, ça reste ancré en moi.

- "Vivre d’amour et de rap frais, avec en prime les exploits de Zizou". Dois-je en déduire que tu suis le foot de près ?
- Depuis tout petit je suis un supporter de Paris, je vais au Parc, je suis l’actualité. Et ça continue malgré ce qui se passe actuellement, ça reste d’ailleurs une de mes dernières grosses incohérences idéologiques et politiques. En même temps, avant les Qataris c’était les fonds de pension américains donc ça fait quand même un bout de temps que la direction est dégueulasse. Après, quand on aime le football et qu’on voit le niveau de l’équipe et les joueurs qu’on a, c’est très dur de pas kiffer. Mais la mentalité actuelle reste difficile à admettre. Moi qui dans le passé ai tellement kiffé des ambiances au Parc des Princes, c’est dur de retrouver cet affect pour une équipe où tu n’as que Matuidi comme joueur français. Je veux pas que des Français au PSG, mais des joueurs qui ont un certain attachement pour Paris et ses couleurs. Par exemple des mecs comme Sirigu, qui parle en français et semble avoir la fibre du club et vouloir le défendre. A contrario, Thiago Silva, même si je suis en admiration totale devant le joueur étant moi-même un ancien défenseur, en tant que supporter il me fait pas bander. Surtout quand il disait regretter Milan à peine arrivé chez nous. Il peut dire ça car on est pas encore un club historique qui inspire le respect, comme Liverpool par exemple. Et c’est pas qu’une question d’argent, là-bas quand tu rentres dans le stade, tu vois les trophées, tu sens le poids de l’Histoire.

- Tu penses que le PSG peut gagner la Ligue des Champions ?
- Ils peuvent le faire, mais pas cette saison en tout cas. Bayern, Real Madrid et même Chelsea me paraissent au-dessus. Ils ont leur chance face à eux mais je me méfie de Mourinho, en général ses équipes ne blaguent pas trop. On verra.

- Ton pronostic pour la France à la Coupe du Monde au Brésil ?
- J’y crois pas du tout. D’ailleurs, j’ai plus du tout d’affect pour cette équipe, depuis Domenech le ressort est brisé.

- Le mot de la fin (tribune libre, fais toi plaisir) :
- Comme je dis souvent : "Feu ! Ici ça brûle !". Il faut que ça brûle en terme de création, et je le souhaite à tout le monde. Je me souhaite d’ailleurs à moi aussi d’aller loin dans cette création, de vivre des choses palpitantes grâce à la musique.






 

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