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Scred Festival 4

Paris - New Morning - 19/01/2019

Trois éditions auront suffi pour faire du Scred Festival l’un des rendez-vous rap français les plus attendus de l’année. En effet, à l’instar du Narvalow City Show ou du Demi Festival (et avant ceux-là des Réflexions Capitales), quel événement peut aujourd’hui prétendre réunir autant d’éléments influents de la scène underground française ? Trois jours à guichets fermés, plus d’une cinquantaine d’artistes venus des quatre coins de la France et d’ailleurs, une expo, du graffiti et même du stand-up (!) : il n’y a que la Scred Connexion pour réunir un tel plateau.

Samedi 19 janvier 2019, les braises allumées la veille par Seyte, Virûs, Droogz Brigade et consorts à peine éteintes, le New Morning est prêt à accueillir le 2e jour du festival. Pour l’ouverture, c’est D.I du Barbès Clan qui s’y colle, en solo. Sitôt arrivé, il annonce la couleur : "Y’a des Gilets Jaunes dans la salle ?". Rien d’étonnant quand on écoute les lyrics politisés du rappeur de Bezbar, dans la plus pure tradition des plumes du 75018.

Pour s’ambiancer, Kwanz connaît la méthode. Accompagné de son acolyte, il fait participer le public à sa prestation, qui le lui rend bien en levant les mains en l’air et en augmentant les décibels. Le MC du 78 fait alors étalage de ses différents flows et conclut avec un morceau hommage au rap français, qui reçoit un bon accueil des connaisseurs dans la salle.

On arrive alors au moment DJ, avec le set de Gone Crazy, à base de scratchs et de grands classiques américains et français.

Le rap reprend ensuite ses droits avec Mono(tof) qui fait son entrée sur scène en traversant la foule. Sprinter des Grandes Gueules le seconde, la connexion Montpellier-Sète est en action. Et elle va prendre encore plus d’éclat lorsque Demi Portion en personne vient taper le featuring ! Les spectateurs ne sont pas au bout de leur surprise, puisque c’est ensuite Koma et Mokless qui font irruption micro en mains, et font monter la chaleur de 2 crans. Dur d’enchaîner après ces poids lourds mais Mono, tout en humilité et avec sa plume de passionné, parvient à entretenir le flambeau. Et conclut là où il a commencé : au milieu du peuple.

Les artistes plus chevronnés commencent à faire leur apparition avec Ul’team Atom, l’un des groupes phares de la scène underground de la première moitié des années 2000. S’ils ont ensuite poursuivi leurs chemins en solo, les 4 lascars réunis pour l’occasion prouvent qu’ils n’ont rien perdu de leur verve. Et qu’ils sont toujours bien là pour représenter la lourdeur made in Les Ulis. Dans leur style respectif, de Reeno le plus posé à Grodash le plus démonstratif, en passant par Templar et Fik’s Niavo, ils sont venus Kicker, Revendiquer, Représenter comme il se doit !

Place ensuite à Fanny Polly qui joue ce soir à domicile en tant que première signature du label Scred produxion. Assez nouvelle dans le rap jeu, certains spectateur s’interrogent à son sujet : "Tu la connais elle, ça vaut le coup que je la Snap ?". 2019, nouvelle année, nouveaux critères de jugement. En tout cas, vu le show proposé, les réseaux ont dû apprécier. Car en 2019, le rap aussi a changé, il est devenu un spectacle, comme n’importe quel autre style musical. Et Fanny l’a bien compris ; groupe de danseuses complices, chorégraphie, mise en scène travaillée, pianiste à l’accompagnement musical : l’expérience artistique est totale et assez unique dans le panorama rapologique. Et comme la dame (la seule du soir) n’est pas maladroite avec un micro et que Demi P repointe le bout de son nez pour un feat, tout cela est plutôt plaisant et le public le fait bruyamment savoir.


Autre interlude, avec l’arrivée du sémillant Prodige Talkbox intégralement vêtu de rouge, façon Weast Coast. Mais qu’est-ce que la Talkbox exactement ? "Chicha musicale" pour certains, "ancêtre du vocodeur" pour d’autres, il s’agit d’une petite boîte qui permet via un tuyau de modifier sa voix (cf. le refrain de "California Love"). Son Prodige nous fait donc une démonstration, certes un peu longue, mais maîtrisée de bout en bout.

Retour au rap sans fioriture avec Melan. La figure de proue d’Omerta Muzik est venue avec sa voix éraillée, son flow percutant et ses lyrics toujours aussi justes. La prestation du MC toulousain, file aussi vite que son flow accéléré x4 ! Généreux, il a quand même le temps de payer sa tournée à toutes les personnes du premier rang en distribuant à qui le veut des verres en plastique, avant de servir allègrement la tise qui va avec ! En conclusion, il nous livre un beau titre introspectif, seul au milieu de l’estrade avec un micro à pied. Et sa prestation se termine comme celle de Monotof au sein de la foule en délire. A croire que c’est une (bonne) tradition sudiste.

Avec LTF alias Les Tontons Flingueurs place à la fougue de la jeunesse. 8 p’tits gars débarquent sur les planches avec l’irrémédiable envie de mordre dans le mic. Commencée avec du boom bap traditionnel, leur prestation énergique se terminent en trap actuelle. Mention spéciale à M le Maudit (le chevelu/barbu au t-shirt Iron Maiden), véritable pile électrique. Ça saute, ça vide les bouteilles, ça retourne tout et cette joyeuse troupe tire finalement sa révérence.

Mais soudain c’est le drame : panne technique ! L’alarme incendie s’est déclenchée et empêche le matos de fonctionner. Les causes invoquées : le bordel laissé par LTF qui a éclaboussé le plateau ou les détecteurs de fumée qui n’auraient pas résistés aux quelques spliffs allumés dans le public. Cette entracte forcée est en tout cas une occasion de plus (s’il en fallait encore) pour aller se ravitailler au bar ou pour écouter Seiya balancer l’a capella de son titre "Incendie" (normal).

Après de longues minutes d’attente et quelques cris de gueulards/soiffards impatients, le son n’est plus un problème et la soirée peut reprendre son cours normal avec Anton Serra & Oster Lapwass. Dur d’enchaîner après cela mais à l’expérience nos vieux briscards lyonnais ravivent la flamme grâce à une complicité évidente entre le rappeur et son beatmaker, ainsi qu’un petit grain de folie qui plaît tant à ceux qui suivent de près l’Animalerie. Le crew n’est bien sûr pas au complet mais s’est ramené avec d’éminents membres : Oster aux platines, Baptiste à la guitare électrique et "Anthony de Soirée" en maître de cérémonie-comique. Le gone enchaîne ses classiques aux rimes ciselées et nous offre même un inédit de qualité avec "Ecriture Automatique".

Le voyage rapologique continue avec le direct Rhones-Alpes -> Grand Est. Oui, le tour de Taïpan arrive enfin, au cœur de la nuit. Portant une veste particulièrement bariolée et son humour en bandoulière, il applique la formule qui fait son succès : thèmes légers (en gros du cul et de la beuh) + punchlines gole-ri = bon divertissement. Et quand il s’agit d’introduire "Mal au pantalon", il demande à l’assistance : "Y’a des puceaux dans la salle ??"...(silence de cathédrale)... "C’est bien, vous avez raison de pas vous manifester !". Et même quand ensuite il aborde avec "Fichier S" un sujet aussi lourd et brûlant que la radicalisation de certains jeunes partis rejoindre les rangs de Daesh, c’est le prisme de l’humour qui est choisi.

00h40, plus de 4h et demi de show, voilà ce qu’il aura fallu attendre avant de voir arriver les têtes d’affiche de la soirée : le légendaire groupe ATK. De 21 on passe à 7 puis de 7 on passe à 4 : le Freko Ding’ n’étant pas de la partie, c’est 4 piliers du groupe qui se présentent devant nous : Antilop Sa, Cyanure, Axis et Testos. L’équipage démarre alors le voyage dans le temps avec une perle désormais vieille de 22 ans (!) : "Attaque à Mic Armé". Puis enchaîne avec l’envoûtant "Paris la Nuit", un des titres phares du dernier album fraîchement sorti. Tel un DJ en plein pass-pass, le crew parisien fait le grand écart temporel entre leurs titres sortis sur "Heptagone" en 1998 et "On fait comme on a dit" fin 2018. L’audience est aux anges, sauts, armée de majeurs brandis en l’air sur "J’Fuck", pogos : elle jette ses dernières forces dans la bataille. Mais l’un des moments les plus forts de la soirée restera l’interprétation de "Qu’est-ce que tu deviens", un condensé de toutes les émotions en un seul morceau : la nostalgie qui émane inéluctablement dès que les premières notes de cet instru mythique retentissent ; la tristesse quand arrive le couplet du regretté Fredy K ; l’amusement sur celui de Freko ; le bonheur enfin, d’être le témoin d’un pan de l’histoire du rap français. Et pour s’en assurer, il suffisait d’observer Grodash, présent sur scène à ce moment-là, qui pour l’occasion a troqué sa panoplie de gangster pour celui d’un enfant passionné plein d’étoiles dans les yeux devant ses idoles.

Malgré cela, la soirée n’est pas encore totalement terminée, manque plus que "l’after". C’est à INCH & Aguirre qu’incombe la responsabilité de finir tout ça en beauté. Les 2 beatmakers/rappeurs clôturent le bal en balançant leur production aux teintes dubstep. Une conclusion un peu trop spé pour un public majoritairement fatigué. Mais les irréductibles qui restent, acquis à la cause du duo, sont en fusion et s’en donnent à cœur joie allant jusqu’à faire un petit Wall of Death, donnant au New Morning de faux airs d’Hellfest ! On appréciera aussi le freestyle final avec entre autres Seiya, Lofty et surtout l’imposante silhouette de Cenza de l’Uzine.

Il est 1h40 passée, le New Morning ferme ses portes...pour mieux les rouvrir le lendemain, dernier jour du Scred Festival, 4e du nom. On attend déjà avec impatience la nouvelle mouture, rendez-vous en 2020 !

 

Photos : Richard Walter / Laure Van Santvoort

 



 

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